CHANGER DE VOIE, CHANGER DE VIE #1 - The journal - L'Atelier 13
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CHANGER DE VOIE, CHANGER DE VIE #1

image Suite au petit-déjeuner organisé par Christie, et dans la continuité de mon expérience personnelle, je me pose, et on me pose, ici ou dans la "vraie vie", beaucoup de questions au sujet de la reconversion professionnelle.

Il me semble qu'on vit à une époque, ou peut-être est-ce ma génération, ma tranche d'âge plus précisément qui fait cette démarche, où on essaie de réinventer un style de vie qui correspond à nos contraintes, personnelles, familiales, dans une logique d'approcher d'un peu plus près la sérénité, le bien-être, l'adéquation entre ce qu'on a envie de faire, et nos besoins matériels.

J'avais donc envie d'ouvrir un thème sur ce journal, celui de la transformation professionnelle, du changement de voie, dans cette aspiration à être en phase avec soi-même et ses besoins. Vu le nombre d'amies ou de connaissances qui se posent ces questions, je n'ai que l'embarras du choix pour échanger sur ce sujet, je partagerai au fil du temps, avec vous, l'histoire de certaines (je dis certaines, car il me semble que la reconversion des hommes est non seulement plus rare, mais part surtout d'un principe un peu différent, probablement plus guidée par une vraie passion que par l'envie de trouver un meilleur équilibre de vie - cela dit, les retours d'expérience seraient bienvenus !)

Première rencontre avec Anne-Valérie, qui, après 13 ans dans la finance, dont 8 ans de trading (métier on ne peut plus masculin : elle était la seule femme de son équipe en Europe !) est devenue architecte d'intérieur.

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13 ans de finance, puis archi d'intérieur, quel changement ! Comment a germé la perspective d'une reconversion ?

Elle vient de loin... Déjà au lycée j'avais envie d'être architecte ! Mes parents, comme beaucoup de parents, ne l'entendaient pas de cette oreille. Que ce soit vrai ou pas, il considéraient qu'il y aurait peu de débouchés, peu de perspectives... j'étais bonne élève, et il valait mieux à leur sens que je fasse des études généralistes qui me donneraient le choix d'un job. Obéissante, j'ai suivi leurs conseils, fait une prépa et une grande école de commerce qui m'a lancée dans le bain de la finance. J'ai fait des métiers que j'adorais, entourée de personnes et d'équipes que j'appréciais, dans des environnements masculins où j'ai réussi à faire ma place, même si ça n'a pas toujours été évident. Le rythme de boulot ne m'a jamais fait peur, et je pensais d'ailleurs qu'avoir des enfants ne changerait rien à tout ça, mais finalement, ça change tout !

J'ai continué après la naissance de mon ainée, mais très vite je me suis rendue compte que même si j'adorais mon boulot, ça ne pouvait pas durer. Je ne la voyais pas, mon mari a un job prenant également, et tout gérer devenait vite compliqué. Il suffisait qu'un de nous deux parte en déplacement pour que ce soit une galère sans nom. Mais je n'imaginais pour autant pas encore changer de voie.

Et du coup, comment as-tu assoupli ton emploi du temps ?

J'ai commencé par passer aux 4/5èmes (ce qui a été miraculeusement accepté, c'est pas vraiment le style dans les salles de marchés !). Mais même si ma boite était ok avec ça, ça reste un mauvais deal professionnellement. On y perd beaucoup plus qu'1/5ème de salaire, on nous parle souvent de nos "contraintes personnelles", et on abat la même quantité de boulot, si ce n'est plus qu'un temps plein ! J'envisageais de changer de job, voire de prendre un congé sabbatique, encouragée par mon mari, mais la peur du vide, de faire les mauvais choix, et tout simplement le manque de temps pour y réfléchir et me poser me freinaient. Etre maman, encore aujourd'hui, c'est une condition difficile dans un environnement professionnel.

Je partage cet avis ! Et on a l'impression de tout faire à moitié... grande frustration !

Oui, du coup quand un plan social s'est annoncé, je ne pouvais plus reculer. C'était une occasion unique de réfléchir à ce qui me conviendrait mieux, et surtout de le faire dans de bonnes conditions. Mais à nouveau, je ne savais toujours pas vers quoi me réorienter. J'ai d'ailleurs rencontré un chasseur de têtes à l'époque qui m'a simplement posé la question "en dehors de tout aspect financier ou de formation, si vous pouviez choisir votre métier aujourd'hui, que feriez-vous ?" J'ai répondu du tac-o-tac "Architecte !" mais dans la "vraie vie", ça me paraissait inenvisageable. J'ai passé beaucoup d'entretiens, toujours dans le secteur financier, on m'a fait des propositions de postes qui ne se refusent pas dans mon environnement, mais si en finale c'était l'autre candidat qui était choisi, j'étais en fait super soulagée !

C'est un signe ça non ?!

Oui, carrément ! Ca a été une sorte de déclic... Du coup je me suis vraiment demandé ce que j'avais envie de faire - évidemment l'architecture me trottait toujours dans la tête mais ça me semblait impossible. Pas question de me relancer dans 5 années d'études avec des enfants dans les pattes et sans revenus, être diplômée à 40 ans...

Premier obstacle alors...

Oui, mais j'ai rencontré une maman d'élève qui me dit être archi en ayant eu une formation initiale similaire à la mienne... une véritable reconversion possible, me dis-je ! Je creuse le sujet et découvre qu'il existe une formation accélérée à l'Ecole Boulle, référence en la matière, qui, même si elle ne délivre pas un diplôme, donne au moins les bases du métier et une certaine légitimité.

Parlons en de la légitimité... ça n'a pas du être évident de t'en convaincre alors que tu ne venais pas du tout de ce milieu là ?

Exactement !!! J'avais l'impression que tout le monde maitrisait le sujet, et que moi, je sortais de nulle part. Les tests d'entrée sont assez exigeants, et franchement, j'avais du mal à croire que j'y arriverais, mais je ne me suis pas démontée, j'ai beaucoup travaillé (vu avec du recul, sans doute même trop !), et puis je n'avais rien à perdre. J'ai été acceptée (sauts de joie !!) et j'ai commencé ma formation en septembre 2013. Je me suis rendue compte que tout s'apprenait, et que ce que moi j'avais appris par le passé, dans ma formation, dans mes jobs, m'était tout aussi utile : des méthodes de travail, une grande rigueur, une capacité d'adaptation, de concentration, d'apprentissage, le sens du contact client... Je savais faire des choses que les autres ne savaient pas faire, et qui avaient une valeur ! Des atouts plus qu'appréciables et qui font la différence.

Comment ton mari a-t-il réagi dans ce changement de vie ? A-t-il été plutôt supportif, t'a-t-il freinée ou mise en garde ?

Depuis le début, il a toujours été mon premier et plus fidèle supporter. C'est lui qui m'a encouragée à changer de voie, poussée à prendre le plan social, à réfléchir à une autre vie, puis soutenue tout au long de ma reconversion (et encore aujourd'hui !). Il a mis la main à la pâte pendant mon année d'études, je bossais beaucoup (le soir, la nuit, le week-end) et il prenait en charge les enfants du mieux qu'il pouvait, c'est un Super Papa ! C'est aussi lui qui tirait sur la sonnette d'alarme quand il voyait que j'atteignais mes limites. Son soutien a été indispensable, sans lui, je n'aurais jamais entrepris cette reconversion, et surtout, je ne l'aurais pas réussie.

Tu as douté de ton choix ? Comment croire en soi quand on se lance dans un nouveau domaine ?

Oui, et je doute toujours bien sur ! On a toujours beaucoup de doutes sur sa légitimité et sur le fait de faire les bons choix, mais je crois qu'il faut moins se poser de questions et avancer. Je suis très exigeante avec moi-même et place la barre très (trop ?) haut, ce qui renforce les doutes mais j'essaie de les gérer, d'être plus indulgente et j'ai appris à me lancer... J'ai accepté des projets qui semblaient infaisables à l'époque (encouragée par mon mari !), pour faire mes armes, et je les ai finalement menés au bout, parfois aidée, parfois seule. Il n'y a rien d'impossible. Il faut aussi une dose d'humilité, remettre les compteurs à zéro et accepter de perdre ses repères... Arriver en stage le même jour qu'une étudiante de 20 ans qui a 3 années d'archi derrière elle, ça calme... Mais tu t'en sors !

Et financièrement, changer de vie a des répercussions...

Oui, mais je ne regrette rien ! Evidemment je gagne moins bien ma vie que dans mon précédent job, mais c'est normal, je me lance, et je suis dans une période d'investissements, d'autant que je crois beaucoup au fait qu'il ne faut pas faire les choses à moitié, "bricoler", être "cheap". Je veux me donner les moyens, et on verra où ça me mène - c'est peut-être aussi une bonne dose d'inconscience qu'il faut pour changer de vie !!

Et qu'est-ce qui est mieux par rapport à ta vie d'avant ?

Déjà, l'organisation de ma vie de famille. Ma priorité, c'est de toutes façons aujourd'hui mes enfants, même s'il n'a jamais été question que je ne fasse que m'occuper d'eux - c'est pas du tout mon genre ! Si je ne travaille finalement pas moins qu'avant, changer de vie m'a permis d'avoir plus de temps pour eux, partager de bons moments, les voir plus, gérer leurs activités, bref, leur consacrer du temps, ça na pas de prix et ça passe tellement vite... Je choisis mon rythme de travail, je bosse très souvent en agence mais je récupère mes enfants à l'école, quitte à retravailler tard le soir. J'ai beaucoup gagné en flexibilité et cette "liberté" était non négociable pour moi. Et puis il y a aussi la reconnaissance du travail accompli. Un client content le fait savoir, alors qu'un boss dans une grande boîte, déjà il est rarement content ;-), et en général, quand c'est le cas, il oublie de le dire ! J'ai une reconnaissance que je n'ai jamais eue dans aucune grosse société, et ça te touche d'autant plus quand c'est ta propre boîte.

A l'aube de ta nouvelle vie, quels conseils donnerais tu à celles qui veulent se lancer ?

Etre culotté : on obtient plus facilement quand on demande ! Il faut oser, bosser, et ne pas trop se poser de questions ! Il faut surtout commencer par être très bien entourée, dans mon cas c’était par un mari en or, sans qui rien n’aurait été possible. Et il faut aussi croire aux rencontres, aux partages et aux échanges… croiser le chemin d’une autre personne au bon moment et qui bouleverse ta vie dans le sens positif du terme : - une maman qui a fait la même reconversion et te met sur la voie ; - un prof d’archi extraordinaire, une sorte de mentor qui t’encourage, te guide, partage sa passion, transmet son savoir-faire et t’apporte ses conseils avisés ; - des amis et anciens collègues qui te soutiennent, croient en toi et te donnent tes premiers projets, - un réseau qui te fait confiance, te recommande et sans qui tu ne peux pas te développer, - une agence d’archi prête à te donner ta chance quand tu te lances… Il faut aussi croire en sa bonne étoile et surtout en soi (c’est souvent le plus dur !). C’est un peu de l’inconscience mais on n’a qu’une seule vie et il faut en profiter pour ne rien regretter…

Anne-Valérie a créé sa société AXIOME Interior Design en septembre 2014 et collabore également avec une agence d'architecture parisienne. Elle accompagne les particuliers et les professionnels dans leurs projets de rénovation, d'aménagement d'espace ou de décoration. N'hésitez pas à la contacter si vous avez un projet, elle est carrée et super pro !

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